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Pourquoi, en 2026, faudrait-il encore que presque tout le pouvoir national soit concentré à Paris ?
Nos entreprises travaillent à distance. Nos administrations échangent instantanément des documents et des données. Les visioconférences font partie du quotidien. Un ministre peut aujourd’hui travailler avec ses services, ses homologues et le Premier ministre sans qu’ils soient tous installés dans quelques kilomètres carrés.
Alors pourquoi maintenir cette concentration ?
Elle n’est pas neutre.
Être près du pouvoir donne un avantage. C’est l’une des raisons pour lesquelles tant de sièges sociaux, de médias, de banques, de cabinets de conseil, de fédérations professionnelles ou d’organisations d’influence cherchent à être présents à Paris.
Pour obtenir l’information. Pour rencontrer les décideurs. Pour être visible. Pour financer un projet. Pour défendre ses intérêts.
Déplaçons le pouvoir et une partie de cet écosystème suivra.
Les entreprises auront davantage intérêt à installer leurs sièges ou leurs directions dans les territoires. Les banques et les acteurs du financement auront davantage de raisons d'y renforcer leur présence. Et surtout, les grands médias nationaux ne pourront plus observer la France presque exclusivement depuis Paris.
Cette concentration médiatique a des conséquences profondes. Lorsque les rédactions, leurs journalistes, leurs invités et leurs sources évoluent majoritairement dans le même environnement géographique, c’est inévitablement une certaine réalité du quotidien qui finit par être surreprésentée. La vie d’une petite ville, d’un territoire rural, d’une métropole régionale ou d’un territoire ultramarin n’est pas celle de Paris.
Déplacer les centres de décision, c’est donc aussi rapprocher l’information, le financement et les opportunités d’autres réalités françaises.
Et cette concentration s’auto-entretient : le pouvoir attire les acteurs économiques et médiatiques, qui attirent à leur tour les emplois, les compétences et les investissements. La décentralisation du pouvoir peut enclencher le mouvement inverse.
Or près de 80 % des Français ne vivent pas en Île-de-France.
Ne pas leur donner les mêmes chances d’être proches des lieux où se prennent les décisions, où circulent les informations, où se nouent les relations et où se trouvent les opportunités, c’est se priver d’une immense partie des talents et des ressources du pays.
Et pourtant, c’est largement ce que la France fait depuis des siècles.
Notre pays s’est construit autour d’un pouvoir extrêmement centralisé. Cette centralisation a eu sa logique et son utilité historiques. Mais pourquoi devrait-elle continuer à déterminer, au XXIe siècle, où se trouvent les opportunités ?
Nous ne pouvons pas prétendre vouloir libérer toutes les énergies du pays tout en continuant à concentrer l’essentiel de ses centres de décision au même endroit.
Brisons cette mécanique.
Installons progressivement des ministères et des administrations centrales dans les territoires.
Pas comme une opération symbolique consistant à déplacer quelques centaines de fonctionnaires. Déplaçons réellement des centres de décision.
Pourquoi le ministère des Outre-mer ne pourrait-il pas être installé à Saint-Denis de La Réunion ? Pourquoi un secrétariat d’État chargé de la mer ne pourrait-il pas travailler depuis Fort-de-France ? D’autres ministères pourraient rejoindre Lille, Marseille, Bordeaux, Lyon, Strasbourg, Clermont-Ferrand, Brest, Toulouse, ou des villes plus petites lorsque leurs capacités d’accueil le permettent.
La géographie pourrait même retrouver une cohérence avec les missions exercées.
Ce serait aussi une manière très concrète de rappeler que la France ne se résume pas à Paris et à sa proche couronne.
Et allons plus loin.
Pourquoi l’Assemblée nationale devrait-elle toujours siéger au même endroit ?
Chaque député représente la Nation tout entière. Faisons donc régulièrement siéger l’Assemblée ailleurs en France : quelques semaines dans une métropole, puis dans une ville moyenne, ailleurs l’année suivante, y compris outre-mer.
Il ne s’agit évidemment pas de reproduire les déménagements entre Bruxelles et Strasbourg, avec tout ce qu’ils impliquent de déplacements de personnels, de documents et de moyens. Il ne s’agit pas de déménager l’Assemblée nationale, mais de déplacer ponctuellement ce qui est nécessaire à l’exercice de l’une de ses missions essentielles : représenter la France tout entière.
Cela coûterait de l’organisation. Cela perturberait les habitudes. Les déplacements seraient parfois moins pratiques.
Tant mieux.
Connaître un territoire, ce n’est pas seulement y effectuer une visite officielle de trois heures. C’est y travailler, s’y déplacer, y rencontrer des habitants, constater les distances, les infrastructures, les difficultés et les réussites.
Depuis des décennies, nous parlons de décentralisation tout en maintenant l’essentiel du pouvoir national dans quelques arrondissements parisiens.
À l’heure du numérique, décentraliser ne doit plus seulement signifier transférer des compétences. Cela doit aussi signifier déplacer le pouvoir.